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contes poétiques

Mercredi 25 mars 2009 3 25 /03 /Mars /2009 15:56

Texte de Joëlle Rochard – Illustrations d’Agnès Perruchon 



 

On raconte qu’autrefois, dans un pays lointain, vivait un ogre gigantesque du nom de Gamak.

 

Ses cheveux rouges touchaient le ciel lorsqu’il se mettait debout, ses pas ébranlaient les maisons, ses éternuements déracinaient les arbres et lorsqu’il dormait, ses ronflements chassaient les nuages.

 

Il habitait dans un immense château, tout en haut d’une grande montagne et n’en sortait qu’une fois par an, pour son unique repas.

Les paysans et villageois, effrayés, se cachaient dès qu’ils l’entendaient venir car, s’ils ne lui donnaient pas de quoi satisfaire son énorme appétit, il mettait tous leurs enfants dans un grand sac et les emmenait pour toujours, dans son château.

Certains avaient essayé de s’enfuir, ou de l’attaquer, mais leurs tentatives avaient échoué.


Cette année-là, tout le monde tremblait, car les récoltes avaient été mauvaises. Gamak resterait sûrement sur sa faim et sa vengeance serait terrible. Chacun cherchait un moyen d’échapper au géant.


Au cœur de la forêt, habitaient un bûcheron et ses dix enfants. La plus jeune de ses filles s’appelait Puce.

 

Un soir, assise auprès de la cheminée, elle contemplait le feu dans l’âtre, lorsqu’elle vit, tout au bout d’une bûche, une araignée qui allait tomber dans les flammes.

Emue, Puce prit un long brin de paille et le présenta sous les pattes de la petite bête qui, aussitôt, s’y agrippa. La fillette la déposa, saine et sauve, sur le bout de son sabot de bois. Aussitôt une voix fluette s’éleva et lui dit :

- Tu m’as sauvé la vie, je sauverai la tienne !

 

Stupéfaite, Puce se pencha sur l’araignée.

- Tu parles ? lui demanda-t-elle.

- Oui, car je suis un peu fée, répondit-elle. Que puis-je faire pour toi?

 

Puce lui raconta sa grande peur de l’ogre.

 

- N’aie crainte, petite fille, si tu te sers de l’éclat de soleil, tu seras plus forte que lui ! conseilla l’araignée.

 

Sur ces mots, elle disparut dans un trou du mur.

 

L’éclat de soleil ?!… Perplexe, Puce avait beau chercher, elle ne voyait pas comment le soleil l’aiderait à arrêter Gamak.

 

Tandis qu’elle réfléchissait, la terre se mit à vibrer. Inquiète, Puce tendit l’oreille et distingua le bruit terrible des pas du géant...

Il se dirigeait vers le village !

 

Encouragée par les paroles de l’araignée, elle décida d’aller à la rencontre de Gamak et de l’attendre de pied ferme. Elle mit ses mains dans les poches de son tablier et sentit sous ses doigts, le morceau de miroir qu’elle avait trouvé la veille, derrière le moulin. Elle le prit et le manipula dans la lumière du soleil. Bientôt, celle-ci se refléta dans le miroir et une petite tâche brillante se mit à bouger sur son tablier.

 

L’éclat de soleil  !

 

Tout à coup, les paroles de l’araignée prenaient tout leur sens ! A peine les avait-elle comprises que la tête de Gamak apparut au-dessus des arbres de la colline.

 

Son regard cruel fouillait les alentours à la recherche de nourriture. Il tenait un gourdin et portait un grand sac sur l’épaule.

 

Alors Puce capta le reflet du soleil dans son miroir et adroitement le dirigea vers les yeux de Gamak. Aveuglé, celui-ci s’arrêta et protégea ses yeux de son bras. Il aperçut la petite fille au milieu du chemin de terre. Furieux, il s’écria de sa voix de tonnerre:

 

- Espèce de microbe, comment oses-tu m’importuner? Ne sais-tu pas qui je suis?

- Tu es Gamak, l’ogre, répondit Puce, et je n’ai pas peur de toi.

- Par ma barbe, je vais t’avaler tout de suite pour te punir de ton insolence, hurla Gamak en avançant sa main vers la fillette.

- Non, tu ne le feras pas, car tu es cent fois plus grand que moi, mais je suis cent fois plus puissante que toi ! J’ai demandé au soleil de t’éblouir et il m’a obéi, mentit Puce.

 

Gamak partit d’un énorme rire...

 

- Ah! ah! ah! Eh! bien, si ta puissance est aussi grande que tu le prétends, prouve-le moi en commandant cette nuit à la lune. Sinon je t’emmènerai dans mon sac et tu ne reviendras jamais!

 

Sur ces mots, il saisit Puce entre deux de ses énormes doigts, l’enferma dans une grange, en bloqua toutes les issues par de lourds blocs de pierre et s’allongea entre deux collines, pour dormir un peu.

 

La nuit tomba bientôt sur la campagne. Au ciel brillait la lune, mais Puce, dans le noir de la pièce, ne voyait rien. Maintenant que le géant l’avait emprisonnée, elle était désespérée. Elle pleurait à l’idée d’être enlevée et de ne plus jamais revoir ses parents, lorsqu’elle sentit quelque chose grimper le long de son poignet. C’était l’araignée!

 

Puce lui dit entre deux sanglots:

- Comment pourrai-je éblouir le géant une deuxième fois? Je suis enfermée dans le noir et ne peux me sauver...

- Aie confiance en moi, chuchota l’araignée, et regarde...

 

Bientôt, sous le regard étonné de Puce, elle saisit un rayon de lune qui filtrait sous la fenêtre. En quelques instants, grâce à ce fil de lumière, elle tissa une robe extraordinaire, scintillant de mille étoiles ! La grange était éclairée comme en plein jour... Tandis que Puce enfilait cette robe merveilleuse, l’araignée lui prépara une couronne de pierres de lune et... disparut comme elle était venue.

 

Au petit matin, le géant s’éveilla, bailla bruyamment et tout en enlevant les gros blocs de pierre qui obstruaient les portes de la grange, il gronda:

- Maintenant, je n’ai plus envie de rire, petite, prépare-toi à disparaître pour toujours!

 Mais dès qu’il ouvrit la porte, la robe de lumière illumina la campagne, aveuglant l’ogre pour la deuxième fois.

 

Alors Gamak, vaincu, sentit une énorme colère monter en lui. Elle gonfla, enfla tant et tant, que son corps prit la forme d’un gigantesque ballon qui, soudain, s’éleva lentement dans le ciel. Poussé par le vent, il disparut à tout jamais derrière les nuages.

 

Depuis, on ne chasse plus les araignées du village, elles ont leur place dans les maisons. Et les enfants aiment voir, aux premiers rayons du soleil, scintiller les gouttes de rosée sur leurs toiles... en rêvant à la robe clair de lune.

 

 (Publié sous diaporama aux Editions pédagogiques du Grand Cerf)

 

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Mercredi 25 mars 2009 3 25 /03 /Mars /2009 15:20

Texte de Joëlle Rochard - Illustrations d'Agnès Perruchon



Il y a bien longtemps, dans un pays oublié, le vieux coq d’une ferme fit un cauchemar  et poussa son « cocorico » en pleine nuit ! Il chanta si fort que le soleil se réveilla en sursaut et monta en toute hâte dans le ciel. Puis, les rayons tout emmêlés, voyant qu’il faisait encore nuit noire, il se mit à grogner : « On ferait bien de mettre ce vieux coq à la casserole au lieu de le laisser chanter à n’importe quelle heure ! »

 

Il s’apprêtait à se recoucher en pestant contre le volatile lorsque, dans un coin du ciel, il aperçut Petite Lune. Toute ronde, elle brillait au milieu des étoiles. Elle était si jolie qu’il en tomba éperdument amoureux.

-  Je veux l’épouser ! se dit-il.  Ne sachant comment le lui demander, il se mit à réfléchir. Il réfléchit tant et tant qu’il en perdit le sommeil. Le soleil ne se couchait plus et le jour succédait au jour.

 

Bientôt sur la terre, tout marcha de travers. Plus personne ne dormait : les poules ne pondaient plus, les poissons nageaient à reculons, les fleurs poussaient à l’envers et les enfants, épuisés par tant de veille, se disputaient et pleuraient sans arrêt.

Le marchand de sable n’endormait plus personne et tournait en rond dans un grand ciel clair, toujours bleu.

- C’est une catastrophe ! ça ne peut plus durer ! se dit-il. Aussi, afin de trouver une solution, décida-t-il d’aller voir le Maître du Temps.

 

Le vieux Maître tenait dans sa main le gros Sablier-du-Temps-qui-passe.

- Grand Maître, le soleil est amoureux de Petite Lune, il ne dort plus et plus rien ne tourne rond sur terre.

- Le soleil et la lune ne peuvent pas se marier : l’un illumine le jour et l’autre la nuit. Nulle part au monde il ne fait jour et nuit en même temps, lui apprit le grand Maître.

 

Désolé, le marchand de sable retourna auprès du soleil et lui expliqua ce qu’avait dit le Maître du Temps.

 

Aussitôt, de grosses larmes se mirent à rouler sur ses joues d’or et s’écrasèrent sur les montagnes, les maisons, les fleurs, les gens ; le chagrin du soleil fut si grand que quinze pluies tombèrent en même temps. Les rivières débordaient, les champs étaient noyés de pleurs. Le marchand de sable n’arrivait pas à consoler le soleil…

- Il faut trouver Petite Lune, pensa-t-il, elle seule pourra l’aider !  

Aussitôt dit, aussitôt fait. Il partit sur le champ et survola l’Egypte, la Chine, l’Australie, mais en vain.

Où était passée Petite Lune ? Après avoir fouillé longuement tous les recoins du ciel, il finit par l’apercevoir derrière un gros iceberg, un de ces gigantesques glaçons qui flottent sur la mer, vers le pôle Sud. Elle jouait en riant avec les étoiles.

 

Elle écouta l’histoire du marchand de sable et devint toute triste de savoir le soleil aussi malheureux. Il fallait lui faire un signe pour qu’il retrouve le sourire. Ils parlèrent longtemps et, tout à coup, elle eut une idée. Une très belle idée…

 

Le marchand de sable partit rejoindre le soleil qui pleurait toujours. Comme le lui avait expliqué Petite Lune, en frottant ses doigts sur un rayon doré, il ramassa de la poudre de lumière qu’il jeta sur une grosse larme qui tombait.

 

Alors…comme par magie, un immense arc-en-ciel enjamba la mer. Des couleurs magnifiques brillèrent dans le ciel : rose, rouge, orange, vert, violet, leur reflet scintillait sur les vagues, c’était extraordinaire !

Si extraordinaire que le soleil sécha ses larmes et se mit à sourire.

- C’est le cadeau de Petite Lune ! lui cria le marchand de sable.

Alors, puisque Petite Lune l’aimait aussi fort, il ferma les yeux pour rêver d’elle et, enfin, s’endormit…

 

Depuis, lorsqu’il pleut à verse et qu’un arc-en-ciel apparaît, tout le monde sait que Petite Lune console son ami le soleil en coloriant le ciel de mille couleurs.


(Publié sous diaporama aux Editions Pédagogiques du Grand Cerf) 

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