Partager l'article ! Petite Lune et le Soleil: Texte de Joëlle Rochard - Illustrations d'Agnès Perruchon Il y a bien longtemps, dans un pays oubli ...
Texte de Joëlle Rochard - Illustrations d'Agnès
Perruchon
Il y a bien longtemps, dans un pays oublié, le vieux coq d’une ferme fit un cauchemar et poussa son « cocorico » en
pleine nuit ! Il chanta si fort que le soleil se réveilla en sursaut et monta en toute hâte dans le ciel. Puis, les rayons tout emmêlés, voyant qu’il faisait encore nuit noire, il se mit à
grogner : « On ferait bien de mettre ce vieux coq à la casserole au lieu de le laisser chanter à n’importe quelle heure ! »
Il s’apprêtait à se recoucher en pestant contre le volatile lorsque, dans un coin du ciel, il aperçut Petite Lune. Toute ronde, elle brillait au milieu des étoiles. Elle était si jolie qu’il en tomba éperdument amoureux.
- Je veux l’épouser ! se dit-il. Ne sachant comment le lui demander, il se mit à réfléchir. Il réfléchit tant et tant qu’il en perdit le sommeil. Le soleil ne se couchait plus et le jour succédait au jour.
Bientôt sur la terre, tout marcha de travers. Plus personne ne dormait : les poules ne pondaient plus, les poissons nageaient à reculons, les fleurs poussaient à l’envers et les enfants, épuisés par tant de veille, se disputaient et pleuraient sans arrêt.
Le marchand de sable n’endormait plus personne et tournait en rond dans un grand ciel clair, toujours bleu.
- C’est une catastrophe ! ça ne peut plus durer ! se dit-il. Aussi, afin de trouver une solution, décida-t-il d’aller voir le Maître du Temps.
Le vieux Maître tenait dans sa main le gros Sablier-du-Temps-qui-passe.
- Grand Maître, le soleil est amoureux de Petite Lune, il ne dort plus et plus rien ne tourne rond sur terre.
- Le soleil et la lune ne peuvent pas se marier : l’un illumine le jour et l’autre la nuit. Nulle part au monde il ne fait jour et nuit en même temps, lui apprit le grand Maître.
Désolé, le marchand de sable retourna auprès du soleil et lui expliqua ce qu’avait dit le Maître du Temps.
Aussitôt, de grosses larmes se mirent à rouler sur ses joues d’or et s’écrasèrent sur les montagnes, les maisons, les fleurs, les gens ; le chagrin du soleil fut si grand que quinze pluies tombèrent en même temps. Les rivières débordaient, les champs étaient noyés de pleurs. Le marchand de sable n’arrivait pas à consoler le soleil…
- Il faut trouver Petite Lune, pensa-t-il, elle seule pourra l’aider !
Aussitôt dit, aussitôt fait. Il partit sur le champ et survola l’Egypte, la Chine, l’Australie, mais en vain.
Où était passée Petite Lune ? Après avoir fouillé longuement tous les recoins du ciel, il finit par l’apercevoir derrière un gros iceberg, un de ces gigantesques glaçons qui flottent sur la mer, vers le pôle Sud. Elle jouait en riant avec les étoiles.
Elle écouta l’histoire du marchand de sable et devint toute triste de savoir le soleil aussi malheureux. Il fallait lui faire un signe pour qu’il retrouve le sourire. Ils parlèrent longtemps et, tout à coup, elle eut une idée. Une très belle idée…
Le marchand de sable partit rejoindre le soleil qui pleurait toujours. Comme le lui avait expliqué Petite Lune, en frottant ses doigts sur un rayon doré, il ramassa de la poudre de lumière qu’il jeta sur une grosse larme qui tombait.
Alors…comme par magie, un immense arc-en-ciel enjamba la mer. Des couleurs magnifiques brillèrent dans le ciel : rose, rouge, orange, vert, violet, leur reflet scintillait sur les vagues, c’était extraordinaire !
Si extraordinaire que le soleil sécha ses larmes et se mit à sourire.
- C’est le cadeau de Petite Lune ! lui cria le marchand de sable.
Alors, puisque Petite Lune l’aimait aussi fort, il ferma les yeux pour rêver d’elle et, enfin, s’endormit…
Depuis, lorsqu’il pleut à verse et qu’un arc-en-ciel apparaît, tout le monde sait que Petite Lune console son ami le soleil
en coloriant le ciel de mille couleurs.
(Publié sous diaporama aux Editions Pédagogiques du Grand Cerf)
Merci pour cette douce lecture
A bientôt
Almaya